Tous les autres habitants du pays se tenaient autour du château, juste devant les fenêtres pour voir la fille du roi recevoir les prétendants. A mesure que l’un d’eux entrait dans la salle, il ne savait plus que dire.

  • Bon à rien, disait la fille du roi, sortez !

Vint le tour du frère qui savait le lexique par cœur, mais il l’avait complètement oublié pendant qu’il faisait la queue. Le parquet craquait et le plafond était tout en glace, de sorte qu’il se voyait à l’envers marchant sur la tête. A chaque fenêtre se tenaient trois secrétaires-journalistes et un maître juré (surveillant) qui inscrivaient tout ce qui se disait afin que cela paraisse aussitôt dans le journal que l’on vendait au coin pour deux sous. C’était affreux. De plus, on avait chargé le poêle au point qu’il était tout rouge.

  • Quelle chaleur ! disait le premier des frères.
  • C’est parce qu’aujourd’hui mon père rôtit des poulets, dit la fille du roi.

Euh ! le voilà pris, il ne s’attendait pas à ça. Il aurait voulu répondre quelque chose de drôle et ne trouvait rien. Euh ! …

  • Bon à rien. Sortez !

L’autre frère entra.

  • Il fait terriblement chaud ici, commença-t-il …
  • Oui, nous rôtissons des poulets aujourd’hui.
  • Comment ? Quoi ? Quoi ? dit-il.

Et tous les journalistes écrivaient : «Comment ? quoi ? quoi ?»

  • Bon à rien ! Sortez !

Vint le tour de Christian Aage Stenderup Larsen le Balourd. Il entra sur son bouc jusqu’au milieu de la salle.

  • Quelle fournaise ! dit-il.
  • Oui, nous rôtissons des poulets aujourd’hui.
  • Quelle chance ! fit Christian Aage Stenderup Larsen le Balourd, alors je pourrai sans doute me faire rôtir une corneille.
  • Mais bien sûr dit la princesse, mais as-tu quelque chose pour la faire rôtir, car moi je n’ai ni pot ni poêle.
  • Et moi j’en ai, dit Christian Aage Stenderup Larsen, voilà une casserole cerclée d’étain.

Et il sortit le vieux sabot et posa la corneille au milieu.

  • Voilà tout un repas, dit la fille du roi, mais où prendrons-nous la sauce?